En 2016, la France est en état de choc, après une vague d’attentats terroristes et notamment ceux de novembre 2015, qui avaient fait plus de 130 morts et 200 blessés. D’autres attaques ont été menées l’été suivant, comme à Nice le 14 juillet – qui a causé 86 victimes – ou à Magnanville, qui a ôté la vie à deux agents de police le mois précédent.

Dans un pays où l’islamophobie constitue un défi social de poids depuis trente ans, il était attendu que le racisme rampant, combiné aux actes terroristes et à un modèle socioéconomique en lambeaux, se traduirait par une déferlante d’agressions à l’égard d’une minorité perçue comme un corps étranger et qui ne peut être intégré, même après quatre générations.

La discrimination structurelle contre les musulmans a été démontrée par l’Institut national des études démographiques (INED), qui a conclu que l’intégration était « une voie à sens unique » et que les immigrés sont systématiquement mis de côté malgré leurs efforts pour s’intégrer.

Sous l’état d’urgence – toujours en vigueur – plus de 4 000 interventions policières ont été menées mais seulement 6 d’entre elles ont débouché sur une enquête pour terrorisme. L’ONG française Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie (CRI), avec Amnesty International et Human Rights Watch, ont dénoncé le ciblage délibéré des musulmans et l’inefficacité de la stratégie antiterroriste des autorités. Des positions qui ont été corroborées par un document des services de renseignements français qui a fuité, dans lequel le gouvernement est instamment prié de changer de stratégie et de mettre fin à la stigmatisation des musulmans.

Dans un climat de peur et de tensions exacerbées, la haine envers les musulmans a atteint son sommet lors de la controverse estivale sur le « burkini », au cours de laquelle plusieurs villes balnéaires ont interdit l’accès des plages aux femmes vêtues de ce vêtement. La polémique a libéré le discours antimusulman non seulement chez les traditionnels tenants de l’islamophobie, mais aussi parmi les candidats à la présidentielle de 2017.

L’attentat de Berlin sur un marché de Noël en décembre 2016 n’a pour l’instant pas entraîné de représailles islamophobes, contrairement aux conséquences de l’attaque de Cologne : la tribune de Kamel Daoud dans le New York Times, où il affirmait que les Arabes musulmans avaient un problème de sexisme, a reçu de féroces critiques de la part d’intellectuels.

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